Ma lecture de l'HsQ s'appuie sur l'édition de 1958, traduite de l'allemand par Ph. Jacottet. Ci-après un extrait du tome I :

Au fond  il y en a peu qui sachent encore, au milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver à ce qu'ils sont, à leurs distractions, leur conception du monde, leur femme, leur caractère, leur profession et leurs succès; mais ils ont le sentiment de n'y plus pouvoir changer grand-chose. On pourrait même prétendre qu'ils ont été trompés,  car on n'arrive jamais à trouver une raison suffisante pour que les choses aient tourné comme elles l'ont fait; elles auraient bien pu tourner autrement; les événements n'ont été que rarement l'émanation des hommes, la plupart du temps ils ont dépendu de toutes sortes de circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes, ils leur sont simplement tombés dessus à un moment donné. (...) Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est accroché à eux, ici agrippant un poil, là entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillotés jusqu'à ce qu'ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne corresponde que de très loin à leur forme primitive."


Musil m'a transmis le message d'une vie qui est celle d'une quête personnelle, terriblement exigeante, ayant toutes les chances de rester  inachevée, et ne visant pas le bonheur comme palliatif aux incertitudes. C'est, pour moi, une philosophie de la liberté, de la précision,... de la jouissance aussi, ouvrant les portes d'un monde nouveau ; jouissance qui passe par les sensations, par le corps, par cette union difficile des sens et de l'intellect. Bref je suis tombée dans la marmite des fans et l'idée de ce site est né.

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