"La vie est un problème de théâtre." 
[tome I, chap 123, L'HsQ]
  La pièce de théâtre

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Décor de théâtre - Moser.
Koloman Moser, dessin de décors (détail) - "Vienne fin de siècle".





Pièces de Théâtre - R. Musil.
Pièces de théâtre : les exaltés - Vincent et l'amie des personnalités - Prélude au mélodrame "Le zodiaque".
Ed. du Seuil, 1961, 1985,  traduit et présenté par Ph. Jacottet.


Cette édition est accompagnée
d'un dossier très intéressant sur les "années théâtrales de Musil". On y apprend combien il fut déçu du peu de succès de ses pièces, et notamment des Exaltés, oeuvre majeure écrite en 1920, créée une seule fois dans un théâtre de Berlin en 1929 dans des conditions désastreuses  pour l'auteur. Pourtant le livret avait reçu de bonnes critiques, notamment en France.
Musil a exercé, dans les années 1918-1924, le métier de chroniqueur dramatique dont il ressort une attitude extrêmement sévère avec les créations de son époque.  Je suis persuadée  - à l'instar de Ph. Jacottet - que le genre, en tout cas, l'intéressait , si tant est qu'il incarnât  "l'ambition par l'instrument scénique, d'ouvrir l'esprit au possible, de changer l'esprit, peut-être, dans le meilleur des cas, de révéler au spectateur les contours de l'"autre état" par lui rêvés". (Ph. Jacottet).







Spectacle ; chantier  Musil
A ma connaissance, un spectacle de danse a été monté récemment par un français, François Verret, chorégraphe et homme de théâtre, à partir de l'Homme sans Qualités ;  il s'explique sur son site"chantier-musil" sur son inspiration et tout particulièrement sur  l'actualité du texte.









Le tome I du roman de Robert Musil paru en 1930 compte 800 pages ; le tome II en compte plus de 1000 et ne sera jamais achevé [trente-huit chapitres seront édités du vivant de Musil en 1932 ; aux dires de son épouse, il y travaillait encore le matin de sa mort, neuf ans plus tard].

  1. POURQUOI MONTER CE MONUMENT SUR UNE SCÈNE DE THEATRE ?
  2. UN TEXTE POUR LE THEATRE ?
  3. LES EXTRAITS DE TEXTE et L'INTRIGUE :
  4. LES PERSONNAGES : 6 hommes - 3 femmes
  5. LE DÉROULE :

POURQUOI MONTER CE MONUMENT SUR UNE SCÈNE DE THEATRE ?


Pour la beauté du texte de Musil, son exactitude, sa profondeur et sa poésie.

Pour l'importance de son message, en écho à nos préoccupations actuelles.

La lecture du roman est difficile ; c'est l'oeuvre d'une vie. Hors, Musil nous a laissé là une matière que l'on peut utiliser pour faire vivre sa pensée, et pour ouvrir la nôtre à des horizons nouveaux.

Un des plus grands écrivains et penseurs du XXème siècle doit pouvoir sortir du cénacle de spécialistes avertis.





Sur le contexte historique et philosophique, je me permets de renvoyer sur la page "Musil et l'homme nouveau"

UN TEXTE POUR LE THEATRE ?


Le théâtre me semble tout à fait adapté au contexte philosophique du récit, construit comme une succession de tableaux non chronologiques :

- Mise en perspective constante de la "réalité" au profit "d'autres possibilités"  (qui un des thèmes, voir le thème majeur du récit),

- Refus des conventions du style romanesque (pour Musil, l'histoire avec un petit ou un grand H, n'est pas un récit qui se tient en une suite nécessaire de causes et d'effets),

- Usage de l'ironie et de l'absurde pour caractériser les personnages,

- Importance des dialogues dans l’ensemble du texte, accompagnés de descriptions très  scéniques,

Cela dit les difficultés sont nombreuses : comment rendre sur scène toute l'émotion contenue dans l'écriture de Musil, le "temps long" de son écriture et de la lecture qu'on doit en faire,  l'univers de sensations qui s'ouvre soudain au hasard d'une page...  et puis surtout comment traduire la profondeur de la pensée philosophique de Musil (qui donne à sentir, à éprouver ...autant qu'à comprendre ou pour comprendre) sans tomber ni dans la banalité, ni dans la pédanterie intellectuelle  ?



LES EXTRAITS DE TEXTE et L'INTRIGUE :

J'ai sélectionné un certain nombre de scènes ; toutes représentant un chapitre différent du tome I,  dans l'ordre du livre. Pour des raisons évidentes, il n'était pas question de modifier le texte ; mais il a fallu parfois concentrer certains paragraphes, créer certains raccourcis... pour donner de l'air à la mise en scène, qui elle, devra donner tout son poids au non-dit évidemment...

Un des thèmes majeurs, en particulier du tome I, questionne le rapport à la "réalité" du monde et à "l'identité" individuelle. L'éthique de Musil est celle d'un quête personnelle, d'un "travail sur soi" qui fait de la vie un  terrain d'expériences tels un scientifique. 

A partir de là règne comme un flottement incarné par certains personnages, ceux dont l'identité est floue, mouvante, et pour cette raison particulièrement ouverte au monde : Ulrich, Clarisse, Moosburger (ce dernier est évoqué mais n'est pas incarné dans les extraits choisis).

A ces personnages "en quête" font face une série de personnalités bien définies, ancrées dans la réalité de l'époque qu'elles appartiennent à la vieille noblesse, à la bourgeoisie naissante, aux "nouveaux riches et intellectuels de surcroît", aux "rebelles romantiques",.... : Le Comte Leinsdorf, Mme Tuzzi alias Diotime, Le professeur Paul Arnheim, l'ami Walter,...
 
L'ensemble s'articule autour d'un projet que Musil traite avec beaucoup d'ironie poussant la caricature au grotesque : la grande Action Patriotique, ou encore l'Action Parallèle. Il s'agit, en fait, de préparer le jubilé des 70 années de règne de l'empereur austro-hongrois François-Joseph et rivaliser ainsi avec la préparation des 30 années de règne de l'empereur allemand Guillaume II. Le récit se déroule fin 1913, début 1914, sur la durée choisie par Ulrich pour mettre sa vie en "suspens" et réfléchir au sens qu'il souhaite lui donner.

Cette grande entreprise se veut promouvoir les valeurs de paix et de progrès, de "capital et de culture" - selon les termes de Leinsdorf - : ils ne réussissent qu'à se couvrir de ridicule.
[ sur le contexte et les aspects philosophiques, voir "Musil et l'homme nouveau"]



LES PERSONNAGES : 6 hommes - 3 femmes


On remarquera que l'ensemble des personnages évoque à la fois, un véritable glossaire historique... et psychologique.
Malgré leurs différences, parfois très marquées, ces personnages s'influencent les uns, les autres, ... se font écho, se renvoient leur propre image déformée.
 

Ulrich :
Il est "l'homme sans qualités". Milieu de la trentaine, beau, grand, athlétique, élégant,  il dégage une grande force physique et intellectuelle et exerce une attraction certaine sur son entourage. Mais c'est également un personnage à l‘intelligence froide, mathématique, détaché, distant... en recherche et en questionnement permanents sur sa propre identité, son rapport au monde, à la "réalité".


Diotime :
De la même génération qu‘Ulrich, belle femme, grande et robuste, légèrement épanouie, très imposante par sa beauté, par son savoir et son habileté intellectuelle et mondaine. Diotime ne se pose pas les questions de son cousin ; c’est une idéaliste qui sera cependant déçue par son amour pour Arnheim. C'est sur elle que repose l'entreprise de  réunir les conditions pour trouver "une grande idée rédemptrice"  !


Clarisse :
Clarisse est une figure féminine marginale, à la fois tourmentée et rayonnante, forte, froide, et fragile comme du cristal,... par sa folie-même elle remet en cause les fondements de notre raison. Elle est mariée à l'ami d'enfance d' Ulrich. Proche de ce dernier par son rapport au monde en quête d'absolu, ils mettent tous deux bien à mal le valeureux Walter.


Walter  :
Ami d’enfance d’Ulrich, Walter est un artiste, musicien et peintre, mari de Clarisse ; sensible mais bien ancré sur terre, chaleureux et plaisant. Il donne parfois l'impression de s'épuiser à combattre à la fois Clarisse et Ulrich en essayant de les ramener sur la terre ferme. Il a davantage transigé sur certains idéaux de jeunesse qu'il partageait avec Ulrich, donnant lieu à quelques échanges parmi les plus piquants, mais aussi à des épisodes douloureux de son amour - cependant fidèle et dévoué - pour Clarisse.


Paul Arnheim :
Plutôt proche de la cinquantaine, Arnheim incarne un capitaine d’industrie telle qu'elle se développait et prospérait, notamment dans l'Allemagne du début du XXème siècle. Mais il représente déjà la seconde génération de ces grands industriels et capitalistes ;  c'est un savant et un écrivain à qui les cours et les gouvernements d'Europe ouvrent grand les portes. L'antagonisme qui caractérise ses relations avec Ulrich est cependant teintée d'une certaine attirance.


Bonadéa :
Maîtresse d'Ulrich, Bonadea est la figure de la femme fatale, un rien superficielle : très belle, distinguée, cultivée, c'est une femme dont l'extrême sensualité s'accorde avec la virilité d'Ulrich.


Tuzzi :
Le haut fonctionnaire Tuzzi est le mari de Diotime. Il incarne cette caste hautement représentée dans l'Autriche-Hongrie des années 1900 : le pays le mieux administré du monde. Il n'a pas forcément le beau rôle, tiraillé entre une femme qui l'écrase de toute sa volonté de promotion sociale et un Paul Arnheim brillant et bien plus puissant que lui. Il met cependant en évidence le ridicule de la situation dans laquelle se fourvoie sa femme.


Le Comte Leinsdorf :
Le plus âgé de tous, il est l’archétype de la vieille aristocratie de l’époque ; aristocratie relativement éclairée. Il a un faible pour Ulrich qu'il prend littéralement sous sa coupe au point d'importuner ceux qui voient en ce dernier une influence bien trop subversive. Le Comte Leinsdorf est celui qui préside à l' Action Parallèle ; soutenue par un patriotisme sans faille (et donc une volonté de vaincre les influences allemandes propres à disloquer le fragile empire).


Le général Stumm :
Personnage tout en rondeur, plein de bonhomie et d’humour ; il incarne l'ordre militaire tout en démontrant une rare passion pour la réflexion intellectuelle et la culture en général. C'est un ami d'Ulrich avec qui il a, sans doute, les échanges parmi les plus drôles.



Les seconds rôles :

Deux ou trois personnages apparaissent lors de la « grande séance » de l’Action Parallèle :
- une dame patronnesse,
- un haut fonctionnaire,
- un professeur d’université,

- la bonne de Diotime - Rachel - et peut-être le serviteur noir de Arnheim, Soliman.
Ces deux personnages ont une histoire dans le roman, mais ne sont pas repris ici, sauf en « figuration ».


Les personnages seulement évoqués :

Moosburger représente "l'assassin", simple d'esprit, condamné pour meurtre, et dont la responsabilité renvoie à celle de la société toute entière ainsi qu'à son système de valeurs et de capacité de jugement. (Vienne est aussi le lieu, à cette époque, de réflexion et d'innovation dans le domaine du droit, du social,...).


LE DEROULE :

Cette première version doit représenter environ trois heures de scène.



ACTE I

Scène 1    :    Clarisse et Walter
Clarisse et Walter ont un échange vif au sujet d' Ulrich ; ils en font par la même occasion un premier portrait.


Scène 2    :    Ulrich et Bonadéa
Il s'agit là d'une scène de rupture que vient pimentée l'évocation de l'assassin Moosburger pour chatouiller la conscience de Bonadéa.

Scène 3    :    Ulrich - Le Comte Leinsdorf - Arnheim et les participants (le général von Stumm, le professeur, le fonctionnaire, la dame patronnesse,..).
Séance inaugurale de l'Action Parallèle, cette séance situe la pièce dans l'Histoire.

Scène 4    :    Arnheim - Diotime - Tuzzi
Premier débat d'idées entre les Idéalistes et les Réalistes.

L'Acte I permet de mettre en scène les personnages principaux et de camper leur personnalité. L'intrigue est mise en place mais restera floue puisqu'il s'agit de constituer un comité d'intellectuels chargé de permettre l'émergence d'une "grande idée rédemptrice".
L'intérêt de l'histoire est de voir se confronter des conceptions différentes voire opposées de l'existence individuelle et du sens de l'histoire collective tout en laissant la place à la "force la plus intime" de la vie nichée au coeur de chacun et qui n'a "rien à faire avec tout ce que l'on tient pour grand et essentiel". (p237).



ACTE I I

Scène 1    :    Ulrich et Diotime
Sous prétexte de commenter l'avancement de l'Action Parallèle, et s'appuyant sur une dissension avec Arnheim, Ulrich expose, devant sa cousine, ses interrogations sur le sens du réel.

Scène 2     :    Ulrich et Bonadéa
Bonadéa revient "à l'attaque" et adoucit, par son apparition, les traits acérés d'Ulrich.

Scène 3     :    Ulrich et le général Von Stumm
La scène peut être très drôle... ou apparaître comme un grand entartinage de culture universelle... c'est à nouveau l'occasion pour Ulrich de faire valoir son regard particulier sur ce qui est.

Scène 4    :    Arnheim seul.
J'imagine assez bien un monologue sous fond de chorégraphie... Arnheim donne à penser l'agitation du monde ; que seul l'amour vient, soudain, réduire au silence.

Dans l'acte II, les théories d'Ulrich, son rapport à la réalité, se précisent. Les autres personnages prennent également position mais sont essentiellement là pour permettre à Ulrich de faire sentir sa différence et les pousser dans leur retranchement.



Acte I I I

Scène 1     :    Ulrich et Clarisse
Scène 2     :    Ulrich, Clarisse et Walter
Ces deux scènes sont un  même tableau. La complicité d'Ulrich et de Clarisse rend Walter fou ; d'autant qu'Ulrich se plaît à le provoquer dans le domaine des idées.

Scène 3    :    Ulrich, Le Comte Leinsdorf, Arnheim, Diotime et Tuzzi.
L'Action Parallèle s'enlise, le vieux monde s'écroule.

Scène 4    :    Ulrich et Arnheim
La confrontation tant attendue : deux intelligences, deux puissances, deux façons d'envisager le monde et la destinée individuelle, avec une attraction réciproque et des envies de meurtre...


Dans l'acte III, Les crises éclatent : les tensions entre les personnages, l'Action Parallèle... tout semble aboutir à une impasse.


EPILOGUE

Scène finale    :    Ulrich et Clarisse puis Ulrich seul.
Cette fin (qui reste provisoire, évidemment, puisqu'il s'agit du tome I et qu'il n'y a pas de fin à l'Homme sans Qualités, de toute façon) est marquée par l'annonce du décès du père d'Ulrich et  l'engagement de ce dernier vers autre chose, une autre voie, un "autre état". Il s'éloigne et Clarisse n'arrivera pas à le faire céder pour l'attraper dans les filets de sa propre folie.



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